Repenser notre rapport à l’eau

En tant que sourcière-géobiologue, je rencontre régulièrement des personnes en quête d’eau : des maraîchers, des agriculteurs ou des particuliers qui en ont besoin pour irriguer leurs plantations, nourrir leurs bêtes ou viser une plus grande autonomie. Le forage ou le puits s’impose souvent comme une évidence, mais en réalité, ce n’est pas la seule option, et de nos jours, elle n’est peut-être pas la plus pertinente à elle seule.

Chercher l’eau, c’est mon métier. Parfois, il n’y a pas d’autre solution que de creuser, mais l’eau se tarit facilement en été et ne répond pas toujours à la problématique. De plus, on puise directement dans les ressources souterraines, qui sont limitées. On sait que l’eau bleue, celle des rivières, lacs et nappes phréatiques, est une denrée précieuse dont il faut prendre soin. 

Nous sommes à la merci de la météo, tant pour les exploitations agricoles que pour la société en général. En effet, nous faisons face à de grands changements climatiques, avec des épisodes de sécheresse prolongés et des périodes de pluies intenses occasionnant même de lourds dégâts.  Savez-vous qu’il existe des solutions crédibles pour y remédier, regroupées sous le terme d’hydrologie régénérative ?

Le forage répond à une urgence immédiate, mais il ne peut pas réparer le cycle de l’eau. Il faut savoir que nos paysages ont perdu une grande partie de leur capacité d’infiltration : les haies ont disparu, les zones humides ont été drainées, et de plus en plus de surfaces sont imperméabilisées par des constructions, des allées ou du goudron. L’eau ruisselle, emporte la terre fertile et laisse les nappes se vider peu à peu. Même de simples choix d’aménagement, peuvent contribuer à restaurer ce cycle et favoriser l’infiltration naturelle.

L’Hydrologie Régénérative, une approche globale, face aux défis climatiques

L’hydrologie régénérative rejoint en partie les principes de la permaculture : prendre soin du sol, ralentir et répartir l’eau, et créer des systèmes qui imitent la nature. Son objectif principal est de régénérer les cycles de l’eau douce à l’échelle des bassins versants, en rendant les territoires plus résilients face aux sécheresses et inondations. Elle repose sur un triptyque fondamental : l’eau, le sol et l’arbre.

    • L’agronomie pour un sol vivant et couvert, qui limite l’érosion et améliore la rétention d’eau.

    • L’hydrologie pour ralentir, répartir, stocker et infiltrer l’eau, en s’appuyant sur les bassins versants et les zones humides.

    • L’agroforesterie pour le rôle clé des arbres à long terme : ils favorisent l’évapotranspiration, créent des microclimats et dynamisent le cycle de l’eau grâce à leurs racines et réseaux mycorhiziens.

Le but n’est pas d’interdire le forage à tout prix, mais de l’éviter quand c’est possible et de travailler en amont pour que le terrain puisse à nouveau retenir et infiltrer l’eau. Redonner de la vie au sol, recréer des mares, des fossés d’infiltration, des haies ou des reliefs doux qui ralentissent le ruissellement : autant d’actions qui permettent à l’eau de circuler plus lentement, de s’enfoncer dans le sol et de recharger naturellement les nappes.

Combiner les approches pour une solution durable

Dans mon métier, je vois de plus en plus l’intérêt de combiner les deux approches. Un forage peut être nécessaire, mais il peut aussi être mieux pensé : positionné là où la nappe pourrait se recharger naturellement, intégré dans un terrain qui capte et retient mieux l’eau. Chercher l’eau, ce n’est pas seulement repérer un point où creuser ; c’est aussi lire le lieu, comprendre comment l’eau pourrait circuler et mieux rester pour une solution pérenne.

Parfois, l’hydrologie régénérative peut même être une alternative concrète au forage, quand le terrain s’y prête et que le temps permet de laisser la nature reprendre son rôle. Cette vision plus large donne du sens à mon travail, au delà d’une opération technique c’est un acte cohérent avec le cycle naturel de l’eau.

Agir concrètement et s’engager vers une résilience hydrique

Même à l’échelle d’un particulier, ces principes s’appliquent et il est possible d’agir : éviter de bétonner les allées, garder les sols couverts, créer des mares, récupérer l’eau de pluie, planter des arbres et des haies, ralentir les écoulements, et réfléchir à l’aménagement de ses allées et surfaces pour que l’eau puisse s’infiltrer. Chaque geste contribue à restaurer un équilibre et s’inscrit dans une logique de permaculture : travailler avec les éléments naturels plutôt que contre eux.

L’eau est au cœur de nos paysages et de nos activités. En combinant un forage réfléchi avec des pratiques de régénération, nous pouvons sécuriser notre approvisionnement tout en redonnant de la résilience à nos sols et à nos nappes. C’est une invitation à repenser notre relation à l’eau, pour un avenir plus durable.

Si vous souhaitez en savoir plus, je vous suggère de lire le livre Cultiver l’eau douce de Samuel Bonvoisin, François Goldin et Antoine Talin, ainsi que le manifeste Eaux vives de Charlène Descollonges. Vous pouvez aussi explorer le site de l’association Pour Une Hydrologie Régénérative pour des ressources supplémentaires et des projets inspirants.